vendredi 5 août 2016

Elections en Afrique du Sud : derrière la médiocrité des commentaires, la réalité du terrain

En France, les commentaires des élections sud-africaines sont à la fois affligeants de médiocrité et en total décalage avec la réalité. Avec leur habituel psittacisme, les médias français parlent ainsi d’un échec de l’ANC alors que nous observons au contraire une stabilité du corps électoral[1].
Cinq remarques :

1) Comparons ce qui est comparable en nous tenant aux seules élections municipales. Lors du scrutin de 2011, l’ANC  avait obtenu 61,95% des suffrages. Le 3 août 2016, 54,30% des électeurs lui ont donné leurs voix. Le recul est donc de 6 à 7 points. Il est cependant loin des annonces d’effondrement pronostiquées par les « experts ». Non seulement le parti est encore largement dominant, mais dans les provinces rurales, il réalise des scores très élevés, ainsi, dans le Mpumalanga (68,34% des voix), dans le Limpopo (68,73%) et dans l’Eastern Cap (65,37%).

2) Les points perdus par l’ANC au plan national se retrouvent dans un parti qui n’existait pas en 2011. Il s’agit de l’EFF (Economic Freedom Fighters) de Julius Malema qui a obtenu 7,96% des voix. Cette dissidence gauchiste de l’ANC a pour programme la confiscation sans indemnisation des terres appartenant aux Blancs, la nationalisation des mines et des banques. Le recul relatif de l’ANC n’est donc pas la preuve d’un virage « à droite » de l’Afrique du Sud.

3) En dépit d’une consolidation dans sa base ethno-électorale du Western Cape où elle a obtenu 63.55% des voix, et d’une victoire spectaculaire à Port Elizabeth[2], vieux bastion ANC, la DA (Democratic Alliance), ne réalise pas la percée annoncée. Elle passe en effet de 23,94% des voix en 2011 à 26,57%, soit un gain d’un peu plus de deux points. En mettant à sa tête un Noir originaire de Soweto, ce parti blanc, métis et indien espérait mordre sur l’électorat urbain noir déçu par les promesses non tenues par l’ANC. Or, sa progression s’est faite à la marge. La DA reste donc le parti des minorités raciales.

4) Une fois de plus, le principal enseignement de ce vote est l’extrême racialisation de la société sud-africaine. L’étude circonscription par circonscription, montre en effet que les Noirs ont voté pour des partis noirs, alors que les Blancs, les Métis du Cap et les Asiatiques ont donné leurs suffrages à la DA. Ainsi :

- Les Noirs totalisent environ 80% de la population sud-africaine, or, si nous additionnons les voix de l’ANC (54,30%), de l’EFF (7,96%), de l’Inkhata (4,55%) et celles obtenues par une multitude de petits partis noirs locaux (6,78%), nous obtenons  quasiment 74% des voix.

- Les Blancs ( 9%), les Métis du Cap (10%) et les Asiatiques (2%) totalisent environ 20% des électeurs. Avec 26,57% des votes, la DA n’a donc attiré à elle qu’une fraction minoritaire de l’électorat noir urbain. Ces citadins noirs qui ont voté DA appartiennent à deux catégories, la première est celle d’une  frange de « bourgeois » ayant fait un vote d’adhésion ; la seconde, la plus importante est celle de Noirs rejetant la gestion ANC comme à Port-Elizabeth où le vote DA est l’expression du rejet d’une administration ANC particulièrement corrompue et inefficace.

5) Le plus important est que, en dépit d’un recul in fine relatif, la position de Jacob Zuma est fragilisée, ce qui va déboucher sur une féroce guerre de clans à l’intérieur de l’ANC. Avec en ligne de mire le congrès de 2017 qui verra la désignation du prochain candidat de l’ANC aux élections générales de 2019.

Bernard Lugan
05/08/2016


[1] Une étude détaillée et cartographiée de ces élections sera faite dans le numéro du mois de septembre de l’Afrique Réelle.
[2] La DA n’y étant cependant pas majoritaire, elle devra former une coalition.

mardi 2 août 2016

L'Afrique Réelle N°80 - Août 2016

SOMMAIRE

Actualité :
Afrique du Sud : la «nation arc-en- ciel » entre naufrage économique, fractures raciales et implosion politique

Dossier : Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera
- Qui sont Les Peul ?
- Mali : après l’Azawad, le Macina ?
- Peul, Bambara et Dogon : des conflits séculaires

Idées :
Charles Maurras et la colonisation


Editorial de Bernard Lugan

Deux politiques s’opposent en Libye[1] :

1) Celle de l’Union européenne, de la communauté internationale, du Qatar et de la Turquie repose sur l’illusion d’une réconciliation nationale à travers la fiction d’une Libye unifiée autour du Gouvernement libyen d’Unité nationale (le GLUN).
Installé à Tripoli, ce dernier est dominé par les Frères musulmans de Misrata et par les islamistes de diverses obédiences, dont les salafistes (voir mon communiqué daté du 25 juillet 2016).

2) De leur côté, en Cyrénaïque, l’Egypte, les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite aident le général Haftar à combattre les islamistes. Or, tout renforcement du général, donc de l’identité cyrénénne, va à l’encontre de la politique visant, à travers le GLUN, à remettre la Libye unie aux Frères musulmans et aux islamistes de Misrata et de Tripoli.

Quant à la France, elle a soutenu la création du GLUN mais, en même temps, elle aide militairement le général Haftar. Le GLUN l’accuse donc de « violer » son territoire national quand l’UE et l’ONU lui reprochent d’affaiblir ce même GLUN.

Paris qui a, pour une fois, fait un bon choix, doit donc garder le cap et demeurer ferme face aux pressions internationales car, tout ce qui affaiblirait le général Haftar favoriserait les salafistes et les Frères musulmans.
*

Au Mali, la septicémie islamiste gagne le centre et le sud du pays. Ici, et je l’ai maintes fois expliqué, la religion est d'abord la surinfection d’anciennes plaies ethniques remontant à la période pré-coloniale[2].
Les beaux esprits persistent à dire que nous sommes uniquement face à un conflit politique… Certes, mais en l’occurrence le politique est ici à base ethnique... Or, ce qu’ils refusent obstinément de voir, c’est que la multiplicité et l’enchevêtrement des ethnies interdit toute solution démocratique. Le vote étant ethnique, les plus nombreux l’emporteront en effet toujours électoralement sur les moins nombreux.  C'est ce que j'ai baptisé du nom d'ethno-mathématique électorale.

A moins que, comme les Britanniques l’avaient primitivement pensé pour le Nigeria, il soit possible de définir un fédéralisme ethnique construit sur plusieurs grandes zones d’influence autour des ethnies régionalement dominantes. Dans un Mali qui conserverait ses frontières, mais qui deviendrait un véritable Etat ethno-fédéral, la région de Kidal serait ainsi confiée aux Touareg, celle de l’ouest de l’Azawad jusqu’à Tombouctou aux Arabes (Kunta), celle de Gao et de la Boucle aux Songhay et alliés, celle de Bamako aux Bambara et alliés, celle de Mopti aux Peul et celle de Bandiagara aux Dogon. La mosaïque ethnique ne serait  certes que partiellement calquée sur ces ensembles, mais existe-t-il une autre solution ?

[1] Pour tout ce qui concerne la question libyenne, voir mon livre Histoire de la Libye des origines à nos jours.
[2] Nous le montrons dans ce numéro de l’Afrique Réelle dont le dossier central a pour titre « Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera ».

lundi 25 juillet 2016

Libye : le grand écart de la réalpolitique française face à la diplomatie idéologique de l’Union européenne

Le 17 juillet, près de Benghazi, la mort en service commandé de trois militaires français engagés dans une opération d’instruction-conseil auprès des forces du général Haftar démontre qu’en Libye et dans la sous-région, les intérêts de la France ne sont pas ceux de l’Union européenne[1]. Cette dernière est arc-boutée sur l’illusion d’une réconciliation nationale autour du Gouvernement libyen d’Unité nationale (le GLUN) installé en Tripolitaine. Tout au contraire, en Cyrénaïque, Paris aide le général Haftar à combattre les islamistes alliés aux vrais maîtres de ce même GLUN. La réalpolitique reposant sur les intérêts diplomatiques séculaires de la France est donc en contradiction avec les postures idéologiques de l’ectoplasme bruxellois. Entre son soutien officiel au GLUN et son appui militaire au général Haftar, la France pratique donc le grand écart. Le résultat de cette position inconfortable est que le GLUN l’accuse de « violer » son territoire national quand l’UE lui reproche d’affaiblir ce même GLUN en engageant ses forces aux côtés du général Haftar[2]. Explication :

La suite de cette analyse est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. Pour la recevoir par courriel, vous devez être abonné.

[1] L’intervention française devant être « discrète », c’est à bord d’hélicoptères libyens que nos militaires agissent alors qu’ils disposent d’appareils français fiables et équipés de contre-mesures.
[2] Pour tout ce qui concerne la question libyenne, voir mon livre Histoire de la Libye des origines à nos jours
Pour le commander, cliquer ici

lundi 11 juillet 2016

Soudan du Sud : quand le Monde prend ses lecteurs pour des pigeons ou des demeurés.

Jean-Philippe Rémy qui est journaliste au Monde vit en Afrique depuis 1998. Dans le numéro du 11 juillet 2016, il signe un article dont le titre est : Soudan du Sud : qui se bat contre qui et pourquoi ? Attiré par cette accroche, le lecteur curieux se précipite afin de connaître enfin les causes et les implications d’un conflit mystérieux qui a fait, et qui continue de faire des milliers de victimes. Mais une fois l’article lu, il n’a rien appris. Quoi d’étonnant quand, à la question : Qui sont les belligérants, Jean-Philippe Rémy répond :

"Après l’indépendance en 2011, deux hommes ont vu leur rivalité grandir au point de menacer l’équilibre : le président, Salva Kiir, et son vice-président, Riek Machar. En décembre 2013, (…) Riek Machar a fui pour éviter d’être tué (…) Sous forte pression internationale, les deux ennemis et leurs troupes ont tenté de cohabiter dans la capitale (…) les tensions sont allées en crescendo ces jours derniers sans que quiconque ne semble en mesure de les arrêter (…)"

Qui sont Salva Kiir et Riek Machar ? Quelles sont leurs origines ? Pourquoi se battent-ils ? Le journaliste ne donne aucune information à ses lecteurs… si ce n’est que le président Salva Kiir est contesté par son vice-président Riek Machar. Nul besoin de lire le Monde, journal officiel de la pensée unique française pour l’apprendre…

Aurais-je eu l’incommensurable privilège doublé du bonheur quasi céleste de faire partie de la caste d’êtres supérieurs composant la rédaction du Monde, que j’aurais écrit différemment  cet article :

Soudan du Sud : qui se bat contre qui et pourquoi ?

« Les terribles massacres qui ensanglantent le Soudan du Sud depuis l’indépendance de 2011 sont la conséquence de la guerre que se livrent Dinka et Nuer, les deux principales ethnies du pays. Le président Salva Kiir est Dinka alors que Riek Machar, son vice-président,  est Nuer.
De 1956 à 2005 les populations chrétiennes et animistes  de la partie méridionale du Soudan luttèrent contre  le pouvoir nordiste musulman de Khartoum. Cette guerre d’indépendance fut menée par les Dinka. Quant aux Nuer, ils changèrent constamment de camp, rejoignant tantôt les Dinka, tantôt épaulant les forces de Khartoum. De telles tergiversations ont laissé des souvenirs mitigés aux indépendantistes dinka.
L’ethno mathématique électorale explique la suite. Comme les Dinka sont plus nombreux que les Nuer, c’est donc tout naturellement, en bonne logique démocratique, qu’après l’indépendance, quand il fallut désigner un gouvernement, les premiers en prirent naturellement le contrôle. Mais l’hégémonie dinka fut combattue par les Nuer. Le gouvernement de Khartoum attisa le conflit en soutenant les Nuer afin de demeurer présent dans cette région riche en pétrole. »

Voilà ce qu’en quelques lignes, Jean-Philippe Rémy aurait pu écrire s’il était libéré de ce pesant carcan idéologique qui emprisonne les journalistes du Monde. Tout au contraire, dhimmi de l’idéologie de l’universalisme, du « vivre ensemble », du « village-terre » et de la négation des différences, il est « par essence », contraint de nier le réel ethnique.
Ce faisant, il prend ses lecteurs-pigeons pour des demeurés. Voilà pourquoi s’effondrent les ventes d’un quotidien nourri de nos impôts et qui aurait depuis longtemps disparu des kiosques si nous vivions dans une économie concurrentielle.

Bernard Lugan
11/07/2016

dimanche 3 juillet 2016

L'Afrique Réelle N°79 - Juillet 2016

SOMMAIRE

Actualité :
- Nigeria : après Boko Haram au nord, les Vengeurs du Delta du Niger au sud

Dossier : L’économie africaine en chiffres
- L'Afrique : une part insignifiante dans l'économie mondiale
- Un continent délaissé par les investisseurs mondiaux
- Les réalités du commerce France-Afrique

Histoire et géopolitique :
- Histoire de l'Afrique du Nord : Entretien avec Bernard Lugan


Editorial de Bernard Lugan :
Libye : les trafiquants d’esclaves « alliés » de l’UE

En Libye, nous savons qui organise l’ignoble trafic d’êtres humains à destination du sud de l’Italie. Ce n’est pas l’Etat islamique puisqu’il est assiégé dans Syrte. Ce sont nos « amis » et « alliés », Frères musulmans de Misrata et salafistes de Tripoli ou d’autres cités littorales. Ils se refont actuellement une vertu aux yeux des Occidentaux en attaquant l'Etat islamique, leur ancien partenaire. 

Il n’y a donc pas à s’étonner de voir la déferlante de clandestins prendre de plus en plus de volume puisque c’est aux organisateurs du trafic que l’UE a sous-traité l’éradication de l’Etat islamique. Les passeurs préviennent les navires européens quand ils lancent sur les eaux des esquifs inaptes à prendre la mer ; pour ne pas avoir sur la conscience la mort de milliers de clandestins, les bons samaritains se précipitent alors afin de leur éviter la noyade. Et pour les installer en Europe... Le 25 mai, 5600 forceurs de frontière furent ainsi « secourus ». Le 26 juin ils furent 3324. Du jeudi 23 juin au mardi 28 juin, leur nombre explosa puisqu’ils furent 10 000. Du 1er janvier au 28 juin 2016, selon le HCR, 66 000 d’entre eux furent débarqués dans les ports italiens par les bâtiments de guerre européens. 
Sur ordre de qui ? La question ne mérite-t-elle pas d’être posée à nos hommes politiques ?

Soutenus militairement par la Turquie, par l’insatiable petit émirat du Qatar, par l’UE et par les Etats-Unis, ceux qui sont à l’origine du chaos libyen se présentent maintenant comme les garants du retour à la paix. Tout en continuant à organiser en l’amplifiant le juteux trafic des clandestins rebaptisés « migrants ». 
Pourquoi cesseraient-ils puisque l’ONU et la « diplomatie » de l’UE les ont mis au pouvoir à travers le gouvernement dit d’Union nationale constitué le 19 janvier 2016 ? Dirigé par Fayez el-Sarraj, cet appendice onusien est dominé par Misrata et placé à la merci de ses milices. Voilà les pyromanes devenus pompiers… 

Ce scénario risquant de déboucher sur une guerre entre la Tripolitaine gangstéro-islamique et la Cyrénaïque du général Haftar, il est donc urgent de changer de paradigme. Désormais, la priorité doit être l’éradication des gangs-milices au profit des vrais acteurs tribaux tenus à l’écart du processus politique. 
Une politique réaliste serait d’aider à la reconstitution des alliances tribales détruites par l’intervention franco-otanienne de 2011. L’opportunité existe car les avocats de Saïf al-Islam, le fils du colonel Kadhafi, viennent de demander à la CPI d’abandonner les poursuites le visant pour « crimes contre l’humanité ». Or, lui seul, de par ses liens du sang avec, à la fois la confédération tribale de Cyrénaïque et celle de Tripolitaine[1], est à même de jouer le rôle fédérateur nécessaire à la pacification de la Libye. D’autant plus que, le 14 septembre 2015, le Conseil suprême des tribus de Libye l’a désigné comme son représentant légal.
L’obstacle à ce retour au réel a un nom : l’ignorance (ou la complaisance) de l’UE qui s’obstine à soutenir les Frères musulmans de Misrata et les islamistes de Tripoli. Pourquoi ? Voilà une question qui devrait être posée à Bruxelles.

[1] Voir à ce sujet mon livre Histoire de la Libye des origines à nos jours, pp 127-136 et 187-188

dimanche 12 juin 2016

Libye : devons-nous applaudir à la victoire remportée à Syrte par le choléra salafiste sur la peste jihadiste ?

Analyse de Bernard Lugan

En Libye, l’Etat islamique (EI), surinfection d’une plaie jihadiste ouverte en 2011 avec la mort du colonel Kadhafi, est un commode « ennemi de confort » permettant d’éviter de désigner les vrais responsables du chaos. Que l’on réfléchisse un instant :
- L’Etat islamique n’étant implanté à Syrte que depuis 2015, ce n’est donc pas lui qui a provoqué une anarchie libyenne ayant commencé en 2011, mais les milices salafistes de Tripoli et celles des Frères musulmans de Misrata.
- Ce n’est pas davantage l’EI, dont la base démographique est insignifiante, qui envoie des dizaines de milliers de migrants en Europe, mais les cités côtières dont celles de Tripoli et de Misrata. Mêlées à tous les trafics, ce sont ces dernières qui se livrent à la forme contemporaine de la traite des esclaves.
Or, soutenus militairement par la Turquie, par l’insatiable petit émirat du Qatar, par l’Europe et par les Etats-Unis,  ceux qui sont à l’origine du chaos -et qui en vivent-, viennent de se refaire une vertu auprès de la communauté internationale en chassant de Syrte un Etat islamique qu’ils avaient pourtant longtemps toléré… Cette victoire d’une fraction jihadiste sur une autre n’est en rien un gage de paix pour la Libye et pour toute la région. Le problème de fond est en effet ailleurs : les alliances tribales sur lesquelles reposait l’ordre socio-politique libyen ont été éclatées par l’intervention franco-otanienne de 2011. Dans le vide alors créé se sont engouffrés des acteurs secondaires devenus artificiellement les maîtres du jeu. Qu’il s’agisse des Frères musulmans de Misrata, des islamo-jihadistes de Tripoli ou de l’Etat islamique. Toute pacification de la Libye passe donc par le rééquilibrage entre les vrais acteurs tribaux actuellement tenus à l’écart du processus politique, et ces acteurs secondaires que la communauté internationale s’obstine à vouloir installer au pouvoir à travers le gouvernement dit d’Union nationale dominé par Misrata et placé à la merci de ses milices[1].

Dans cette analyse, je développerai quatre points :
1) Les raisons de l’échec de l’Etat islamique en Libye,
2) Les balbutiements du gouvernement d’Union nationale
3) La situation sur le terrain militaire et diplomatique
4) Les  vrais moyens de reconstruire la Libye

La suite de cette analyse est réservée aux abonnés à l'Afrique Réelle. Pour la recevoir par courriel, vous devez être abonné.


[1] Voir mon livre Histoire de la Libye des origines à nos jours. Pour le commander, cliquer ici

mardi 31 mai 2016

Nouveau livre de Bernard Lugan : Histoire de l'Afrique du Nord


























Présentation de l'éditeur :
L’Afrique du Nord est formée de cinq pays (Égypte, Libye, Tunisie, Algérie et Maroc) que ce livre présente dans leur longue durée historique. À l’est, centrée sur l’étroit cordon du Nil, l’Égypte développa, dès le 5e millénaire av. J.-C., une civilisation aussi brillante qu’originale. À l’ouest, en Berbérie, apparurent au VIe siècle av. J-C., trois royaumes berbères dont les limites correspondaient aux actuels États du Maghreb. Rome imprégna ensuite toute la région de sa marque. L’empire byzantin qui lui succéda s’établit de l’Égypte jusqu’à l’est de l’actuelle Tunisie, renonçant à la plus grande partie du Maghreb où la « reconquête » berbère eut raison du vernis romano-chrétien. Aux VIIe-VIIIe siècles, l’islamisation provoqua une rupture entre les deux rives de la Méditerranée ainsi qu’une profonde mutation des sociétés nord-africaines. Au XVIe siècle, l’expansion turco-ottomane subjugua toute l’Afrique du Nord avant de buter sur le Maroc qui réussit à maintenir son indépendance en s’alliant à l’Espagne chrétienne. Durant la période coloniale, les Britanniques s’installèrent en Égypte, les Italiens disputèrent le vide libyen à la Turquie et, à l’exception de la partie nord du Maroc devenue protectorat espagnol, le Maghreb fut tout entier rattaché au domaine français. L’Égypte recouvrit son indépendance en 1922, la Libye en 1951. Quant au Maghreb, il connut des péripéties sanglantes avec la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962). En dépit d’une « arabité » postulée et d’une islamité commune, les cinq pays composant l’Afrique du Nord eurent ensuite des destins divers illustrés par l’épisode dit des « printemps arabes ». Riche d’une centaine de cartes en couleur, ce livre est l’outil de référence indispensable à tous ceux qui veulent connaître les constantes qui fondent la géopolitique de cette arrière-cour de l’Europe qu’est l’Afrique du Nord.

- 736 pages
- 72 cartes couleur
- Index et bibliographie
- Prix : 29€

Il est possible de le commander directement à l'Afrique Réelle moyennant une participation aux frais de port :
- 6€ pour livraison (colissimo suivi) en France métropolitaine, soit 35€
- 10€ pour l'UE, soit 39
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jeudi 26 mai 2016

L'Afrique Réelle N°78 - Juin 2016

SOMMAIRE :
  
Actualité :
La Centrafrique survivra-t-elle au départ de Sangaris ?

Dossier : La démographie africaine
- Etat des lieux de la démographie africaine
- La démographie empêche le développement et annonce les famines
- Le mythe du développement
- L’émigration, conséquence de la surpression démographique africaine

Livres :
La Kabylie est-elle une création coloniale française ?


Editorial de Bernard Lugan

Deux dangers ont été exagérés : l’Etat islamique en Libye et Boko Haram au Nigeria. Aucun de ces deux périls n’est définitivement écarté, mais le premier est contenu quand le second recule. Tous deux ont initialement profité de situations politiques locales complexes et favorables avant de buter sur de solides définitions ethno-tribales.

En Libye, l’Etat islamique s’est implanté à Syrte, dans la zone tampon entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine. Interdisant le contact entre les forces du général Haftar et celles de Misrata, sa présence empêcha donc une guerre Cyrénaïque-Tripolitaine, ce qui permit aux deux principales forces militaires de Libye de consolider leur pouvoir sur leurs zones respectives d’influence. En Cyrénaïque, le général Haftar eut ainsi tout le loisir de liquider les dernières poches islamistes, cependant que Misrata apparaissait de plus en plus comme le principal acteur de Tripolitaine.
La présence de l’Etat islamique ne leur étant plus utile, les deux principaux belligérants vont donc se lancer dans une course à celui qui, le premier, reprendra Syrte et les ports pétroliers de la région. Avant de s’affronter directement.
L’Etat islamique qui ne dispose d’aucune base tribale et qui ne peut, comme au Levant, jouer de l’opposition chiites-sunnites, sera éliminé. Sauf naturellement si Misrata, donc la Turquie, a encore intérêt à sa survie. C'est en effet après la fin de l’Etat islamique que les choses sérieuses commenceront entre Misrata et la Cyrénaïque. Misrata, fief des Frères musulmans, est soutenue par la Turquie, le Qatar, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l’Italie. Le général Haftar est  appuyé par les Emirats arabes, par l’Egypte et dans une certaine mesure par l'Arabie saoudite et la France.

Boko Haram fut un temps instrumentalisé à la fois par les politiciens musulmans nordistes et par le président chrétien sudiste. Les premiers voulaient affaiblir le second quand ce dernier espérait, en laissant le mouvement gagner le plus grand territoire possible, écarter des urnes des millions d’électeurs nordistes, ce qui lui aurait assuré la victoire aux élections présidentielles de 2015.
En 2014, quand les sultans nordistes comprirent que leur soutien à Boko Haram allait permettre la victoire électorale du président Goodluck Jonathan, ils changèrent de politique. Boko Haram fut alors isolé et réduit à sa base ethnique, c'est-à-dire le peuplement Kanouri, et se vit ainsi interdire toute expansion à la fois vers l’ouest et le sultanat de Kano et vers le sud et le sultanat de Yola. 
Le mouvement étant contenu, il ne reste plus aujourd’hui qu’à le réduire et c’est ce qui est actuellement en cours. L’éradication totale de Boko Haram ou de ses diverticules peut cependant prendre encore des années. Les actes terroristes ne sont donc pas terminés car il subsistera encore longtemps un foyer de déstabilisation dans le nord-est du Nigeria. Ce dernier pourrait à nouveau se développer si des évènements graves survenaient au Cameroun et au Tchad. 
Désormais, alors qu’au Nigeria, le plus difficile semble être passé, c’est donc sur les pays voisins que doit porter notre attention. Notamment au Cameroun où les élections de 2018 risquent d’avoir des effets dévastateurs dont pourraient profiter Boko Haram ou ses survivances.